27/09/2005

HOUELLEBECQ 1 - LITTERATURE 0

 

Je finis péniblement, en baillant beaucoup, La Possibilité d’une Ile. Sans être vraiment nul, ce bouquin est tout de même une belle merde. VRAIMENT infiltrer le mouvement raëllien et en tirer un long reportage critique ou partisan, REELLEMENT s’intéresser aux technologies immortalistes…Voilà qui aurait été fameux. A la place, DJ Mich mixe ses meilleures plaques remontées de la cave.

 

Moi, de tout ce qu’a sorti Houellebecq, c’est finalement son disque sur Tricatel que je préfère. Déjà, c’est l’une des meilleures productions de Bertrand Burgalat, peut-être même la seule où son fantasme d’un mélange prog-rock-new-wave-variété est totalement maîtrisé. Burgalat a produit beaucoup de petites sucreries à moitié ratées mais là, ça ne rigole pas : séquençage des voix et violence de certaines musiques accompagnatrices, on n’est pas là pour coudre des arpèges à des starlettes sur le retour mais bien pour tout massacrer en imposant des petits poèmes zarbis de fins du monde et de retraités en vacances au soleil.

 

Le disque est sorti en 1999 et réécouter aujourd’hui le premier morceau, Présence Humaine, laisse une drôle d’impression. C’est que c'est carrément le pitch de la partie SF de la Possibilité d’une Ile. Comme une autre partie de ce bouquin est largement décalquée de la nouvelle Lanzarote et que le reste est principalement constitué de grosses vannes à deux balles, d’insultes people, de seins et de touffes, on se met à voir tout cela d’un œil pas si amusé que déçu.  

 

Michel Houellebecq est une rock-star, c’est indéniable. Son dernier bouquin a été lancé façon blockbuster, exactement comme un film de Michael Bay ou un nouvel album des Rolling Stones. Exactement de la même façon qu’une œuvre qu’on sait puer le réchauffé et le cabotinage et qui ne vendrait sans doute pas grand-chose si on devait se contenter du bouche-à-oreille pour l’écouler. D’où l’application de la méthode panzer-marketing, la création du besoin artificiel d’acheter.

 

Déjà en perte de vitesse sur Plateforme, Houellebecq y gardait un zeste de pertinence avec sa pré-science du terrorisme de masse. Au long de La Possibilité d’une Ile, il ne fait rien d'autre que de tartiner son fond de commerce à la truelle en bonne rock-star embourgeoisée. Comme Jagger, la Zsa Zsa Gabor du rock & roll et ses albums ranxérosés depuis 1971. Comme Bowie, le vieux débris qui n’a plus rien à dire depuis 30 ans mais parvient à faire croire le contraire dès qu’un journaliste lui tend un micro sous la coke.

 

Au-delà de la médiocrité du bouquin, ce qui chagrine le plus, c’est sans doute le passage définitif du Côté Obscur de l’auteur. Plutôt que de se palucher les neurones sur la fin de l’être humain, il aurait peut-être mieux fait de se poser des questions sur les nouvelles politiques éditoriales et commerciales de ses éditeurs. Le big business se marie généralement mal avec les substituts religieux : sport ou culture. Or, de bons artistes jouant le jeu des comptables jusqu’à devenir l’antithèse de ce que pourquoi on les a aimé, ce n’est pas ce qui manque ni dans le sport, ni dans le cinéma, la musique ou l’art. Voilà que les littéraires s’y mettent aussi, c’est une très mauvaise nouvelle. Parlera-t-on bientôt de La Possibilité d’une Ile comme du Don’t You des Simple Minds ? Soit le début de la fin, la possibilité d'un bide. 

 

http://www.houellebecq.info/

http://www.m-la-music.net/article.php3?id_article=193



16:02 Écrit par | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

ok bebert A propos de Bertrand Burgalat, comme son concert au Botanique du 9 octobre est annulé, cette interview au départ destinée à paraître dans Zone 02 est elle aussi dans le fossé. Cadeau-bonus aux abonnés de la Casa :

@QUESTION : D’Hélène Noguerra à Nick Cave en passant par Pulp, Michel Houellebecq et Air, nombreuses sont les stars à avoir eu recours à vos services d’arrangeur, de compositeur et de producteur. Il existe une touche, un style Burgalat… Certains de vos fans vous surnomment même « Le Ministre de la Pop »…
@TEXTE : Bertrand Burgalat : (rire) C’est dangereux, ça. Surtout aujourd’hui, en France, où un ministre, c’est généralement assez éphémère. Ca me plaît. C’est assez ambivalent, à la fois flatteur et moqueur. Ceci dit, au niveau du poids, je suis loin du compte.
C’est Marc Moulin qui m’expliquait dernièrement qu’il se tient chaque année en France un symposium autour de Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Yves Simon et quelques autres de ce calibre… Pendant quelques jours, ils discutent de tout ce qui se passe dans le milieu musical. Voilà le véritable Conseil des Ministres de la Pop !
@QUESTION : Quelle serait votre place dans un tel symposium ?
@TEXTE : Celle du parasite ! Pour le moment, on ne peut pas vraiment dire que l’industrie musicale ait la patate. Pourtant, moi, je me porte bien. Alors que lorsque tout le monde se frotte les mains, généralement, je souffre. Je suis tellement habitué à travailler dans les marges que j’ai réussi à m’organiser en fonction. A force de rester proches du zéro, tant avec mon label Tricatel que seul, forcément, on est stables. Je dis toujours qu’on vend entre 70 et 80 000 albums. 70 disques minimum, hein, pas 70 000 !
@INTERTITRE : Des carottes dans un coin
@QUESTION : Vous êtes aujourd’hui en licence sur Virgin/EMI et présentez votre disque dans les FNAC. Jadis, vous avez pourtant beaucoup critiqué les majors et les grandes surfaces culturelles…
@TEXTE : Les grosses maisons de disques, pour le moment, je crois que ça commence à nouveau à être intéressants. Leur fonctionnement rappelle un peu le Bloc de l’Est, avec des consignes de la Maison-Mère qui se perdent dans tout un mélange de bureaucratie et de trucs totalement surréalistes. Pas mal de cons ont giclé et ceux qui restent sont complètement déprimés, ce qui fait qu’ils se la ramènent moins, qu’ils sont beaucoup moins arrogants. Ils sont finalement les plus courageux, les autres sont tous partis monter des croissanteries ! Dans un tel contexte, ce qui se passe dépend de toutes façons des affinités entre personnes. Quelqu’un dans la boîte m’apprécie et sait me faire apprécier… C’est paradisiaque.
@QUESTION : Cette alliance de raison vous apporte-t-elle un certain confort, après des années de vache enragée ?
@TEXTE : Des licences de distribution, on en a toujours eu, donc ce n’est pas ça qui change la donne. Ce qu’il fallait, c’était réinjecter de l’argent dans le label, ne pas planter les artistes qui nous avaient fait confiance et ne pas vendre le catalogue, qui aurait à coup sûr été racheté par tous ces gens qui nous ont pompé. Aujourd’hui, c’est bon, un financier expérimenté s’occupe de tout et on ne doit plus d’argent à personne. Mais il y a un an, il a vraiment été question d’arrêter Tricatel. Je ne me suis d’ailleurs pas caché avoir fait ce disque en pensant qu’il serait le dernier. Je n’avais pas envie d’encore des années me battre comme un fou. J’aime trop la musique pour me laisser bouffer par tout ce qui l’entoure. Enregistrer des disques, ce n’est pas dur, c’est même de plus en plus simple quand on voit baisser à ce point le prix du matériel. Ce qui est dur, c’est la diffusion. Je ne parle même pas de vendre des disques, simplement de les diffuser… Tout serait à recommencer, je crois que je me contenterais d’un artisanat extrêmement marginal ; à l’instar d’un petit producteur qui fait pousser ses carottes dans son coin et puis va les vendre au marché.
@INTERTITRE : Maltraitance du disque
@QUESTION : Comme Prince et Public Enemy, autres grands déçus du Système, vous vendriez des disques uniquement par Internet ?
@TEXTE : Internet, dépôts en magasins, ventes par correspondance… Il y a beaucoup de moyens pour éviter la maltraitance sur les disques. Parce que ça existe ! (rire) On parle toujours des enfants et des vieillards mais quand on voit comment certains magasins accueillent les disques, il faudrait vraiment tirer les responsables de rayons au Tribunal Pénal International ! Il y a un tel mépris pour l’artiste. Certains prétendus agitateurs culturels, leur truc, c’est d’étudier l’argumentaire promotionnel, dégotter un partenariat publicitaire et hop… C’est comme ça qu’est calculée la chance d’une chanson de toucher son public !
@QUESTION : La mouvance alternative et l’underground peuvent-ils encore quelque chose là contre ? On les dit mal au point…
@TEXTE : Oui, c’est mal au point parce que l’underground et les courants alternatifs, c’est un monde encore plus dur et compétitif que tout ce qui est grand public. Une grosse boîte, elle a toujours l’un ou l’autre Julien Clerc dans un tiroir ou alors, elle termine ses fins de mois en sortant des compilations de tubes radiophoniques. L’indépendant, c’est plus difficile. Je vois ça avec AS Dragon sur Tricatel. C’est formidable, c’est un groupe qui se construit par la scène, qui attire de plus en plus de monde à ses concerts… C’est une machine qui prend un essor génial mais en même temps, il y a là contre une formidable inertie. Je suis sûr qu’AS Dragon, c’est un truc appelé à devenir énorme mais pour caricaturer, leurs voisins ne savent même qui ils sont !

Écrit par : serge | 27/09/2005

sdf Chuis moins sévère que toi sur le livre.
J'ai aimé ce bouquin. Faillit me faire pleurer dans le Thalys de l'autre soir.
ceci dit, parait que les ventes sont en chute libre.
Fayard perd du pognon.
Mauvais pour le bonhomme.

Écrit par : Thomas | 27/09/2005

Un garçon et son chien Hmmmm... C'est que je me rappelle trop bien de ce film avec Don Johnson que pour vraiment craquer sur le chapitre "un homme et son chien."

Écrit par : serge | 27/09/2005

Chez les raëliens Le bouquin style "j'ai infiltré les zozos en blanc adorateurs des aliens", ça existe déjà. En Europe, je ne sais pas, mais ici, au Québec, ça s'est bien vendu. Mais faut dire qu'ici, le barbu immaculé, il fait bcp parler de lui.
Pas sûr sûr que ce soit de la grande littérature, par contre.
Quant au Houellebecq, pour ma part, j'attendrai de le croiser au détour d'un rayonnage de bibliothèque. Je ne suis pas pressé...

Écrit par : Mage | 28/09/2005

... Pas mieux que Thomas.
Ca reste en dessous d'extension du domaine de la lutte qui est l'archétype du bouquin qu'il ne pourra plus ré-écrire. Maisil y'a des passages qui sont excellents, comme dans plate-forme du reste. Drôle d'impression. On se fait chier quelques lignes puis on se reveille avec des idées assez lumineuses.

Je crois aussi que c'est son dernier dans le genre. Depuis les particules, il ré-écrit le même bouquin. A la fin, ça use le bonhomme et surtout les lecteyurs.

Écrit par : HL | 28/09/2005

Extension du domaine de la hype Bon... Au tour de la grande Brett, maintenant.

Écrit par : serge | 28/09/2005

hype in translation La traduction française de Lunar Park ne sort que fin octobre je pense... but the real fans don't care ;-) Beam me up Brett !
A noter que le prochain s'intitulera Teenage Pussy, tout un programme...

Écrit par : frax | 28/09/2005

roïght m8te La dame de chez Libris, elle m'a dit : "Le 20 octobre".
Pour ceux que ça concerne au niveau du porte-monnaie, je rappelle que mon anniversaire est le 19, il n'y a pas de hasard...

Écrit par : serge | 28/09/2005

Thomas D'ici là, t'aura bien le temps de te colle au "Roi de la Havane".
Je t'assure qu'à côté le Bret on dirait un tekel.

Écrit par : sfd | 28/09/2005

rien à voir, mais... Tu es sans doute déjà au courant, en fan d'add N to (X) que je te sais être, mais le 8/10, Ann Shenton vient au Bota avec son projet solo "Large Number". Chic et pas cher...

Écrit par : The Gloth | 29/09/2005

Les commentaires sont fermés.